Les récompenses dans la police par rapport aux forces armées.

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Des récompenses pour les forces civiles

Si nous avions déjà évoqué les plus hautes récompenses militaires dans de précédents sujets, nous ne nous étions intéressés à la police, qu’à travers les articles sur la médaille de la sécurité intérieure. Or, nous sommes heureux de voir qu’au fil du temps, un certain nombre de policiers nous suivent, soit directement sur notre site, soit à travers un abonnement à notre page pro de LinkedIn. Au delà de ce constat, nous avions envie de nous pencher sur les décorations attribuables en police. A ce stade, nous aurions également pu nous intéresser aux autres corps civils de sécurité, comme les pompiers, les polices municipales ou les douanes, mais pour que notre infographie ne soit pas totalement illisible, il nous a semblé utile de ne pas trop la surcharger. Dans la même idée, s’agissant des pompiers, leurs décorations sont déjà suffisamment nombreuses, qu’elles pourraient faire l’objet d’un article détaillé (ce que nous n’excluons pas).

Pour revenir à notre infographie, nous n’allons pas nous attarder sur les titres de guerre (citations avec croix), ou sur les citations sans croix (avec attribution de la Médaille d’or de la défense nationale, ou non) que nous avons déjà largement abordés en juin et juillet dans nos précédents articles, pour nous concentrer sur les autres.

L’action positive dans le cadre du service

Au commencement – et finalement un peu comme dans les armées – il y a la lettre de félicitation. Elle souligne une action positive dans le cadre du service, le plus souvent de façon ponctuelle. Pour ce niveau de récompense, la comparaison avec les militaires s’arrête là, car contrairement aux armées il n’y a pas d’échelon supérieur parmi les décorations dites de papier. Ainsi la lettre de félicitation, en police, s’étend jusqu’au domaine du témoignage de satisfaction, voire jusqu’à la citation sans croix simple, que l’on retrouve dans les corps militaires. Pour ce faire cette dernière peut être attribuée par différents échelons (commissariat, DDSP, DGPN/PP). Ce niveau peut être rehaussé d’une médaille de la sécurité intérieure (MSI) comme pour les militaires, sur laquelle nous ne nous étendrons pas non plus ; il suffit de lire ou de relire les articles sur la MSI publiés de décembre 2019 à avril 2020.

Faire face à un risque aggravé

Ensuite – et pour tout le monde –  dès que l’on fait face à un risque aggravé, on entre dans le domaine des médailles (telles que les citoyens se les représentent souvent). La première d’entre elles, attribuable tant aux civils qu’aux militaires est la Médaille pour acte de courage et de dévouement (MACD). Héritière d’une longue lignée de médailles de sauvetage dont les premières remontent au règne de Louis XIV, la MACD a subi différentes évolutions pour apparaître en 1833, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Attribuée par les préfets, elle est la médaille par excellence, qui met en valeur les interventions dans un immeuble en feu ou le sauvetage d’une personne tombée à l’eau. De façon plus pragmatique, elle est surtout la seule décoration que le préfet détient à sa main, sans validation d’un ministère de tutelle. D’où parfois quelques abus constatés, comme ces derniers mois, lorsque des conducteurs de train de la SNCF ont été décorés pour le transport de malades de la COVID-19.

Alors bien évidemment si cette situation est exceptionnelle et ne reflète pas la réalité des décorés de la MACD, elle a le mérite de montrer que c’est souvent compliqué pour un préfet de récompenser dans l’instant, l’auteur d’une action d’éclat. Médaille singulière à plus d’un titre, la MACD  détient cette caractéristique que, chaque nouveau fait est récompensé par une nouvelle médaille. Si sur le premier fait c’est en général l’échelon bronze qui est décerné, pour le deuxième fait l’échelon argent de 2ème classe (dont le ruban comprend une étoile d’argent) peut être proposé, puis pour le troisième fait, l’échelon argent de 1ère classe (2 étoiles d’argent) et ainsi de suite jusqu’à l’échelon or (ruban avec rosette). Ainsi lorsque la MACD est portée en barrette de rappels, les rubans se cumulent, ce qui donne un placard plutôt inhabituel dans l’hexagone.

Barrette de rappels cumulant 4 MACD

La Médaille d’honneur de la police nationale

En parallèle du risque aggravé (mais au-dessus hiérarchiquement) on entre dans le périmètre de l’action d’éclat, cette sorte d’action ultime où la notion de mise en danger prend tout son sens. En police, c’est la Médaille d’honneur de la police nationale (MHPN) qui a vocation à souligner ce type d’action. Si la MHPN est une médaille très ancienne (1903 dans sa déclinaison municipale), qui comme beaucoup de ses consœurs du 20ème siècle a constamment évolué, c’est en 1996 (décret n°96-342 du 22 avril 1996) qu’elle prend l’appellation et les attributions que nous lui connaissons aujourd’hui. Enfin pas tout à fait, puisque en 1996 elle est avant tout une médaille d’ancienneté, qui honore 20 années de services irréprochables. Elle est alors en argent. Mais elle peut déjà récompenser ceux qui ont accompli une action d’éclat ayant mis en péril la vie de son auteur ou témoignant d’une haute conception du devoir. Elle comporte alors une étoile d’argent lorsqu’elle est décernée dans ce cadre ou à titre posthume.

MHPN avec étoile d’argent

La dernière grande évolution date de 2013 (décret n°2013-01170 du 17 décembre 2013) avec l’ajout d’un échelon or pour honorer 35 années de services. Depuis, elle permet donc de récompenser l’ancienneté sous deux échelons (argent et or), les actions d’éclat (argent ou or) lorsqu’elle est rehaussée d’une étoile d’argent, ainsi que d’être attribuée à titre posthume (uniquement en or avec étoile d’argent).

Pour être tout à fait précis, on la trouve même dans les boutiques avec une étoile d’or. Après des recherches – plutôt difficiles – nous pouvons affirmer qu’il s’agit vraisemblablement d’un usage et non d’une règle, puisque le texte ne l’évoque pas. C’est vrai que rien ne diffère sur le ruban – notamment à la suite d’une action d’éclat – l’échelon or de l’argent. Et les policiers que nous avons interrogés pour cet article n’ont pas pu nous confirmer cet usage ; une certitude cependant, l’échelon or pour une action d’éclat serait aujourd’hui réservé aux attributions à titre posthume.

Enfin, au sommet de la pyramide des récompenses, trône la Légion d’honneur. S’il est maintenant communément admis que les acteurs du service public tués dans l’exercice de leurs fonctions en soient décorés, n’oublions pas que c’est une pratique relativement récente remontant à la campagne en Afghanistan et qu’au début des années 2000 encore, un militaire non officier n’avait souvent droit qu’à la Médaille militaire, quand un policier recevait l’ordre national du Mérite. Mais de façon plus discrète, le Président de la république en tant que grand maître de l’Ordre, peut décerner la Légion d’honneur en s’affranchissant du temps minimum à quelqu’un qui, de son vivant, aura acquis des mérites éminents au service de la nation. Nous pensons bien sûr aux trois militaires américains qui sont intervenus dans le Thalys en 2015, à ce commissaire de police rentré en premier dans le Bataclan, ou encore aux deux gendarmes qui se sont retrouvés face aux frères Kouachi à Dammartin-en-Goële. On le voit, nous sommes heureusement bien loin des vainqueurs de la coupe du monde de football, ce qui nous permet de conserver la foi dans cet Ordre magnifique.