Élégance et port des insignes

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Pour coller à la légèreté de l’été, une fois n’est pas coutume, nous avons souhaité aborder un sujet moins sérieux – celui du port des insignes en civil –  qui pourra vous être fort utile dans vos soirées sur la côte, ou lors de cocktails mondains intramuros.

Louis XIV en tenue de sacre, revêtu des insignes de l’Ordre du Saint Esprit

Cette question, vous êtes nombreux à vous la poser et vous êtes quelques-uns à nous avoir interrogés. Car il faut être réaliste, autant il est relativement simple de porter une décoration ou les insignes d’un Ordre sur un uniforme, autant cela peut tourner au déballage non maîtrisé lorsqu’il s’agit de tenue civile. Comme il nous arrive de voir tout et – surtout – n’importe quoi, un peu à la manière de cet excellent ouvrage « dressing the man » qui trône sur notre table de chevet, nous parlerons bien évidemment des règles, mais surtout de l’élégance et des usages.

Comme dans bien d’autres domaines et restant fidèles à notre pensée phaléristique où la sobriété prime, nous tenterons de vous convaincre que la qualité vaut largement la quantité et que différentes possibilités s’offrent à vous lorsque vous cumulez plusieurs Ordres. Bien sûr nous n’ignorons pas que ce n’est pas le cas de tout le monde, surtout si l’on se réfère aux données de la grande chancellerie (l’âge moyen d’entrée dans l’Ordre national du Mérite est de 54 ans et de 58 ans dans celui de la Légion d’honneur). Néanmoins, dans le cas où vous seriez amené à être nommé Premier ministre, ou tout simplement titulaire d’un Ordre et de plusieurs décorations, les infographies qui vont suivre sont faites pour vous.

Portrait de Léon L’hermitte paré des insignes de la Légion d’honneur (1911)

Tout d’abord, il faut bien avoir en tête que l’on ne porte sa décoration en ordonnance que le jour de sa remise. Ensuite, ladite décoration ne pourra être portée que de deux façons : en insigne à la boutonnière ou en réduction. Nous commencerons donc par le port de l’insigne à la boutonnière. S’il est codifié pour les ordres ministériels ou nationaux depuis maintenant très longtemps, il faut se rappeler que cela n’a pas toujours été le cas.

Ainsi, concernant la Légion d’honneur, la codification pour les commandeurs et les dignitaires de l’Ordre (grand officier et grand’croix) n’est arrivée qu’en 1918. Avant – c’est à dire depuis 1891 et l’autorisation de ne pas porter les insignes réglementaires en habit – un grand flou persistait et par facilité, les titulaires de l’Ordre, quel que soit leur grade, portaient à la boutonnière une rosette. Bref, aujourd’hui où tout ceci est parfaitement intégré – du moins pour les Ordres – il y a une façon bien particulière de porter un ruban au revers de sa veste.

Fixe-ruban de chevalier de la Légion d’honneur

Un peu comme il ne vous viendrait pas à l’esprit de porter des chaussettes blanches sous un costume foncé, il y a manière et manière de porter un ruban. Il y a tout d’abord celle qui consiste à – par commodité – acheter un fixe-ruban (c’est le terme officiel), qui est une structure en métal, sur laquelle est collée un ruban en réduction. Si ce petit artifice est tout ce qu’il y a de plus officiel, il n’est pas le plus élégant.

Déjà parce qu’avec le temps, le ruban se décolle du métal et donne cette impression infâme, d’un bricolage du dimanche dans son garage de banlieue, ensuite et surtout, parce que le fixe-ruban est bien trop long pour coller à cette élégance discrète de l’homme du monde chevalier. A la recherche du panache éperdu de l’officier prussien, la plus élégante des façons de porter son ruban est définitivement d’en coudre un tout petit bout (pas plus de 5 millimètres), sur le coin du revers de sa veste.

Plus important encore que la longueur du ruban, il importe définitivement de ne porter qu’un seul Ordre à la fois ; il n’y a rien de plus embarrassant que de voir un déballage de décorations sur le revers d’une veste.

Ici un cumul de trois décorations : médaille militaire, médaille de la défense nationale, médaille de reconnaissance de la nation

Il faut donc faire des choix : si par hasard, ou par conséquence d’une carrière dont le crépuscule est proche, vous êtes titulaire de deux ordres comportant des grades différents (par exemple officier de l’Ordre national du Mérite et chevalier de la Légion d’honneur), vous devez choisir l’Ordre que vous voulez porter. Les textes vous permettent de porter les deux, mais l’élégance vous commande – dans ce cas précis – de porter soit la rosette bleue, soit le ruban rouge.

Il en va de même pour ceux qui portent le rappel de plusieurs médailles d’honneur. Mais il y a plus gênant encore : nous constatons également une nouvelle tendance qui est celle de porter les médailles d’honneur à la manière d’un Ordre national. Les illustrations ci-dessous, montrant le port d’une médaille de la sécurité intérieure, ne sont pas contraires à la réglementation, mais exploitent une faille du texte, puisque ce dernier ne le prévoit pas.

Ici les insignes de la médaille de la sécurité intérieure, échelon or, portés à la manière d’un grade de commandeur

La seconde façon de porter ses décorations en civil, consiste à les revêtir en réduction. Cet usage s’observe souvent dans les cérémonies, ou les assemblées générales d’association. Que ce soit en complet ou en tenue de soirée (spencer pour les militaires, habit pour les civils), là encore, la barrette en métal est l’attache que l’on retrouve le plus facilement dans le commerce.

Sur cette barrette en métal, figurent en réduction les insignes de : chevalier de la Légion d’honneur, médaille militaire, chevalier de l’Ordre de l’Étoile noire, médaille de la résistance, médaille coloniale, médaille commémorative des services volontaires dans la France libre

Mais la petite touche d’élégance, ce je-ne-sais-quoi qui fait toute la différence, réside dans le port de ses décoration en réduction sur une petite chaînette en métal. Exactement celle que l’on dégotait au siècle dernier. L’exercice est devenu plus difficile, j’en conviens, car cette chaînette est quasi introuvable actuellement chez les maîtres-tailleurs. Il faut donc prendre la peine d’en dénicher une d’époque, sur un site en ligne bien connu des enchérisseurs, puis de l’utiliser pour soi, après une petite séance de couture.

Le jeu en vaut la chandelle et l’élégance mérite bien une petite souffrance, car le résultat est superbe, comme vous pouvez le constater ci-dessous, sur ces décorations pourtant très actuelles.

Dans l’ordre : chevalier de l’Ordre national du Mérite, croix du combattant, grand officier de l’Ordre de l’étoile de Mohéli, chevalier de l’Ordre de l’étoile de la grande Comores, chevalier de grâce magistrale de l’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte

Si vous n’étiez pas encore totalement convaincu, il faut garder à l’esprit que les canons de l’élégance militaire imposent leur diktat. Ce sont ces petits détails qui font toute la différence : c’est une broderie réalisée à la main en cannetille, une tunique confectionnée dans une matière noble, auprès d’une maison référencée. Le militaire d’aujourd’hui conserve, à l’image de celui d’hier, cette capacité à toujours rechercher l’originalité dans l’uniformité.

En matière de phaléristique il en va de même : c’est un Ordre prestigieux réalisé avec des émaux de qualité, chez l’un des derniers maîtres médailleurs du Palais Royal, c’est encore un Ordre étranger ancien dont l’éclat a remplacé celui de l’armement d’antan. C’est enfin la recherche d’une décoration rare, qui suscitera l’étonnement de sa communauté.

Après cet article, vous verrez, vous ne regarderez plus jamais un ruban de boutonnière de la même façon.