Le chien Gamin, héros de la Gendarmerie

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L’intégration des chiens en Gendarmerie remonte à 1943, elle est donc bien plus récente que celle des chevaux, utilisés depuis le XVIIIe siècle. À l’origine, les canidés sont intégrés comme « chiens policiers » ou « chiens de montagne » au sein de quelques brigades frontalières. Depuis, leur spectre de compétences n’a cessé de croître, faisant d’eux des éléments indispensables à la réussite des missions de l’arme, à tel point qu’aujourd’hui, la Gendarmerie possède plus de 562 chiens au sein de ses équipes cynophiles.

Pour illustrer leur bravoure, nous profitons de cette date anniversaire pour vous conter l’action héroïque du chien Gamin, qui donna son nom au principal chenil de l’arme situé à Gramat. Voici la tragique histoire qui le rendit célèbre…

Le récit issu du rapport du capitaine Denis, commandant la section de Gendarmerie de Bône (Algérie), le 19 avril 1958

Le 29 mars 1954, vers minuit, une patrouille du 4e régiment de hussards (RH) se heurte à un groupe ennemi qui vient de franchir le barrage électrifié à quatre kilomètres au sud de Barral. On dénombre des blessés dans les deux camps et les militaires français apprennent que la bande qu’ils ont accrochée est composée de deux cents adversaires bien armés et équipés. Toutes les troupes du secteur sont immédiatement alertées, le concours du chien policier de la brigade de Gendarmerie de Mondovi est demandé. À cinq heures et demi, le gendarme Godefroid et son chien Gamin sont transportés au lieu-dit de la « ferme expérimentale » de la commune de Barral, poste de commandement du colonel commandant le 4e RH.

Un quart d’heure plus tard, le gendarme et son chien commencent le pistage ; un autre chien du peloton cynophile du 4e RH travaille en même temps. La protection des maîtres chien est confiée à un peloton du régiment et à des moghaznis de la section administrative spécialisée (SAS) de Barral, sous les ordres du sous-lieutenant Le Palmec.

Le gendarme Godefroid et son chien Gamin
Le chien Gamin prend la piste immédiatement et la longue poursuite commence. Déjà cinq heures que le pistage a commencé et les éléments de l’escorte de protection commencent à montrer une certaine fatigue. Le gendarme Godefroy, habitué au pistage, demande à poursuivre ; son chien donne des signes d’impatience, l’autre chien pisteur paraît fatigué. Le pistage est repris et seul un moghazni armé d’un pistolet mitrailleur arrive à suivre le maître-chien à plus de vingt mètres des premiers éléments du peloton.
 
À midi, de nombreuses traces récentes sont trouvées. L’ennemi n’est pas loin et le sous-lieutenant Le Palmec demande du renfort. Vingt minutes plus tard, les renforts arrivent et une compagnie entière du 1er régiment étranger de parachutistes prend en compte la protection du gendarme Godefroid et de son chien. Le maquis devient très dense, le gendarme, le moghazni et le chien prennent environ une trentaine de mètres d’avance sur les légionnaires et les deux groupes se perdent de vue. Dans ce maquis fourni, cette distance est énorme, derrière chaque buisson plus haut qu’un homme l’ennemi peut se camoufler.
 
Le petit groupe de tête tombe dans une embuscade. Les deux hommes sont tués immédiatement et le chien Gamin est grièvement blessé par balle, à la tête et au poitrail. Il est midi et demi et le combat s’engage rapidement entre fellaghas et légionnaires. Après deux heures de combat, les légionnaires restent maîtres du terrain, cent cinquante ennemis ont été tués.
Pistolet Browning GP du gendarme Godefroid retrouvé sur les lieux même de l’embuscade qui lui coûta la vie

Le chien Gamin est auprès du cadavre du gendarme. Il s’est traîné jusqu’à lui, s’est allongé à ses côtés et lui lèche le visage. Il ne connaît pas les légionnaires et les empêche d’approcher. Les soldats essaient plusieurs méthodes pour s’approcher de Godefroid mais rien n’y fait. Gamin, aveuglé par le sang qu’il perd, protège son maître. C’est après un véritable corps à corps que le chien est maîtrisé et évacué dans une toile de tente par hélicoptère. Gamin est transporté ensuite à l’hôpital vétérinaire de Millesimo. Le 30 mars, on apprend que l’opération a bien réussi et que le chien est sauvé.

Le 27 décembre 1958, à dix heures et demi, sur le terrain de travail du chenil central de Beni-Messous, à quelques kilomètres d’Alger, le général Coulin, représentant le général Morin, commandant régional de la Gendarmerie nationale de la 10e région militaire, épinglait sur un coussin de velours tenu par son nouveau maître, le gendarme Labouède, la médaille de la Gendarmerie nationale. Cette décoration récompensait l’affection et la fidélité du chien Gamin à son maître disparu.

Remise de décoration au chien Gamin qui n’a rien perdu de son caractère taquin malgré ses blessuresGamin, premier animal à jamais décoré de la médaille de la Gendarmerie nationale

Décernée avec la plus grande parcimonie depuis sa création, la médaille de la Gendarmerie nationale n’a été attribuée que 1 014 fois jusqu’en 1975 (soit une moyenne de 40 citations par an), dont près de la moitié à titre posthume. Vous l’aurez donc compris, en attribuant cette médaille aussi rare que prestigieuse à un animal, l’honneur rendu au chien Gamin n’en est que plus remarquable.

Une stèle élevée en leur mémoire à Gramat

Le brave animal partira ensuite dans le Sud-Ouest de la France, à Gramat dans le Lot, où se trouve le centre national d’instruction cynophile de la Gendarmerie (CNICG). Il finira ses jours en ces lieux où, le 23 novembre 1960, sera inaugurée en grande pompe une stèle élevée en souvenir du gendarme Godefroid et de son fidèle compagnon.
La stèle du chien Gamin et de son maître, le gendarme GodefroidÉcusson du CNICG