Adolphe Pégoud, le premier As de l’aviation française

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Aujourd’hui tombé dans l’oubli pour le grand public, Adolphe Pégoud était pourtant une véritable vedette au début du XXe siècle. Mondialement connu pour ses spectacles d’acrobaties aériennes, il fut également le premier As de l’aviation militaire française lors de la Grande Guerre.

En ce 21 septembre, date d’anniversaire de son tout premier looping, nous commémorons la carrière de ce pionnier de l’aviation civile et militaire, mort au champ d’honneur…

Premier engagement dans l’armée

Quatrième fils d’un modeste agriculteur, Adolphe Pégoud est né le 13 juin 1889 à Montferrat, en Isère. Peu désireux de reprendre l’exploitation familiale, il décide de s’engager dans le 5e régiment de chasseurs d’Afrique, alors déployé en Algérie.

À gauche, Pégoud portant l’uniforme des Hussards ; à droite, la médaille commémorative du Maroc

Prenant part notamment à la campagne du Maroc, il en reviendra avec la médaille commémorative du Maroc avec l’agrafe Casablanca. Finalement affecté au 3e régiment d’artillerie coloniale de Toulon, il se lie d’amitié avec l’un de ses supérieurs : le capitaine Louis-Victor Carlin. Ce dernier, passionné par l’aviation et pilote breveté, persuade Pégoud de faire son baptême de l’air en octobre 1911.

Véritable révélation, cette expérience pousse le jeune homme à vouloir intégrer une école de pilotage. Cependant, à cette époque, seuls les officiers peuvent décrocher le brevet de pilote militaire. Un coup de pouce du destin intervient en 1913, lorsque Carlin est nommé chef du centre aéronautique de Lyon.

De pilote d’essai à pilote de voltige

Le premier saut de Pégoud

Cette nomination permet à Pégoud, libéré de ses engagements militaires, d’obtenir son brevet de pilote civil (le n° 1243) le 1er mars 1913. Il devient ensuite pilote d’essai pour le compte de Louis Blériot et mène diverses expériences en vol.

La plus célèbre d’entre elles a lieu le 19 août 1913 dans le ciel de Châteaufort, lorsqu’il devient le premier pilote de l’Histoire à sauter en parachute de l’avion qu’il pilote.

C’est lors de cet exploit que Pégoud remarque, pendant sa descente, que son Blériot XI effectue plusieurs acrobaties dans le ciel avant de s’écraser. Intrigué, l’aviateur va vouloir prouver qu’il est possible d’effectuer ces figures jusqu’alors impensables en étant à bord de l’appareil.

C’est chose faite le 1er septembre 1913, lorsqu’il exécute sur 400 mètres le premier vol « tête en bas » de l’histoire. Quelques semaines plus tard, à Buc, il devient aussi le deuxième pilote (après Piotr Nesterov) à réaliser un looping (une rotation de l’avion autour de son axe de tangage).

Carte postale allemande expliquant le looping de Pégoud
Ordre de la Couronne (Roumanie)

Cette acrobatie fut tellement relayée dans la presse internationale qu’elle lui donna une certaine notoriété. Il reçut alors de nombreuses invitations provenant de plusieurs villes d’Europe, afin de venir présenter ses prouesses. Cela vaudra même à Pégoud d’être nommé chevalier de l’ordre de la Couronne suite à une représentation en Roumanie.

Dans le même temps, en France, le député du Doubs, Adolphe Girod, avait obtenu du ministre Adolphe Messimy que soit décernée la Légion d’honneur à Pégoud en raison de ses services rendus à l’aviation. Toutefois, au moment de remplir les formalités au ministère, on s’aperçut qu’il n’avait pas le brevet de pilote militaire alors que celui-ci était exigé pour une décoration remise par le ministre de la Guerre. Pégoud ne fit donc pas partie de la promotion du 14 juillet 1914 !

Sa popularité grandissant de mois en mois, ses exhibitions furent plébiscitées partout sur le Vieux Continent. Mais, alors qu’il était attendu pour des représentations aux États-Unis, il reçoit un ordre de mobilisation : la Première Guerre mondiale vient d’éclater !

L’entrée en guerre

Rapidement affecté dans l’escadrille HF 7 grâce à sa notoriété, l’aviateur reçoit sa première citation dès le mois d’octobre 1914, lors d’une mission de reconnaissance dans le ciel de Maubeuge. Pris à parti par des obusiers alors qu’il allait atterrir, il prolonge son vol de plusieurs kilomètres mais finit par devoir descendre en territoire ennemi. Après avoir camouflé son Blériot XI, il parvient à trouver un peu d’essence et arrive à redécoller sous le feu des Allemands !

Le Blériot XI

Ses premières victoires aériennes ont lieu le 5 février 1915, lorsque qu’il abat au cours d’un même vol un Taube et deux Aviatik ennemis, valant à Pégoud d’être promu adjudant le lendemain du vol et de recevoir la médaille militaire le 17 février.

Un nouvel exploit intervient le 6 avril, lorsqu’il parvient à abattre un Taube allemand pendant une ronde. Les deux aviateurs des Fliegertruppen, le pilote et l’observateur, furent faits prisonniers, tandis que l’aviateur français recevait la croix de guerre deux jours plus tard pour cette nouvelle victoire.

Pégoud pose devant son Nieuport X

Le 18 juillet 1915, en obtenant sa cinquième victoire homologuée – c’est-à-dire confirmée par deux autres observateurs que le pilote et que l’avion abattu tombe dans les lignes alliées – il devient le tout premier As de l’histoire de l’aviation française et est nommé sous-lieutenant.

Le dernier combat

Le 31 août 1915, à bord de son Nieuport X, Pégoud tombe nez-à-nez avec un biplan allemand piloté par le caporal Otto Kandulski. Pendant le combat, une balle lui tranche l’aorte et son avion s’écrase sur la commune de Petite-Croix, près de Belfort.

Sans qu’il ne le sache, sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’Honneur venait de paraître au Journal Officiel. Son décès n’a malheureusement pas permis de lui transmettre la nouvelle.

Tandis que la presse française et internationale relaie la nouvelle de son décès, Kandulski survole à nouveau la zone et largue une couronne de lauriers sur laquelle est écrit « À l’aviateur Pégoud, mort en héros pour sa patrie, hommage du vainqueur« .

Mort pour la France, le sous-lieutenant Pégoud avait 26 ans. Comptabilisant un total de six victoires, il restera à jamais le premier des 175 As qu’a compté l’aviation française pendant la Grand Guerre.

Le parcours phaléristique du sous-lieutenant Pégoud