Les femmes et la Légion d’honneur

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Le 13 juillet 1859, Marie-Angélique Duchemin, la première femme à être décorée de la Légion d’honneur, s’éteint. 162 années plus tard, on compte 10 % de femmes sur les 92 000 récipiendaires et les promotions civiles sont désormais marquées par la parité hommes-femmes.

Si la plus haute distinction française a évolué, à l’image de la société, ce sont surtout les mérites éminents de quelques pionnières qui auront initié ce changement de paradigme.

Mais connaissez-vous l’histoire de la « veuve Brûlon » ? Et pourriez-vous dire qui fut la première Française grand’croix ?

Dans cet article, nous vous proposons de découvrir ces femmes qui ont marqué l’histoire de la Légion d’honneur, une décoration qui entretient d’ailleurs un lien indéfectible avec la gent féminine…

Avant de commencer, petit rappel du port des différents grades et dignités de la Légion d’honneur et leurs insignes

La première femme décorée de la Légion d’honneur

Le sous-lieutenant Duchemin, chevalier de la Légion d’honneur et décoré de la médaille de Saint-Hélène

Le destin de la première femme chevalier de la Légion d’honneur est pour le moins exceptionnel. Née en 1772, Marie-Angélique Duchemin se retrouve veuve à 19 ans, suite à la mort de son époux lors des guerres révolutionnaires.

Malgré son deuil et ses deux jeunes enfants, elle s’engage au 42ème régiment en lieu et place de son défunt mari ! Caporal, caporal-fourrier puis sergent-major, elle prend part aux combats en menant la défense du fort de Gesco en 1794.

Grièvement blessée lors du siège de Calvi, elle est admise à l’Hôtel des Invalides où elle restera jusqu’à sa mort en 1859. Malgré trois blessures de guerre, deux actions d’éclat et une demande du maréchal Sérurier, Napoléon lui refuse la Légion d’honneur.

Elle reçoit tout de même l’épaulette d’officier sous la Restauration, mais il faut attendre le 15 août 1851 pour que Louis-Napoléon Bonaparte lui accorde enfin la nomination dans l’Ordre.

En effet, à l’aube du coup d’État du 2 décembre 1851, le Prince-Président souhaitait associer son image au symbole fort d’une femme ayant combattu pour la Révolution.

La Légion d’honneur de la « veuve Brûlon »

Les autres pionnières de la Légion d’honneur

Marie-Angélique Duchemin ayant montré la voie, d’autres femmes vont venir apporter leur contribution à l’histoire de la Légion d’honneur. C’est d’abord le cas de Rosa Bonheur, première femme promue au grade d’officier le 3 avril 1894.

Rosa Bonheur, officier en 1894

Spécialiste des peintures animalières, elle obtient une notoriété internationale grâce à ses toiles représentant la vie rurale. Transgressant sans cesse les codes convenus de la féminité, cette artiste est perçue comme une figure emblématique du féminisme.

C’est également dans le domaine artistique que l’on va trouver la première femme commandeur en la personne d’Anna de Noailles, le 11 janvier 1931.

Peinture de Kees van Dongen représentant Anna de Noailles portant sa cravate de commandeur autour du cou

Outre ses romans et poèmes, la comtesse est à l’origine de la création du prix Femina, récompensant la meilleure œuvre française écrite en prose ou en poésie.

Pour l’anecdote, elle fut proposée dès 1904 pour être chevalier mais sa nomination fut refusée par le conseil de l’ordre au motif de « titres insuffisants » et de « grande jeunesse » !

Il faut attendre le 22 janvier 1953 et l’œuvre sociale et médicale d’Inès de Bourgoing pour qu’une femme soit élevée à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur.

Inès de Bourgoing, grand officier en 1953

Infirmière de formation, elle épouse le maréchal Lyautey en 1909 et complète le travail du commissaire résident général du Maroc en créant des crèches, des maternités, des centres d’accueil pour enfants malades ou encore des dispensaires.

Terminons cette évocation de femmes célèbres avec le parcours exceptionnel de celle qui devient le 11 juillet 1997 la première Française grand’croix de la Légion d’honneur : Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz reçoit les insignes de grand’croix des mains du président Jacques Chirac le 16 février 1998

Nièce du général de Gaulle, elle mène des actions de résistance dès le 17 juin 1940. Arrêtée par la Gestapo, elle est déportée en février 1944 au camp de concentration de Ravensbrück, où elle sera placée en isolement jusqu’en avril 1945.

Après la guerre, elle s’engage dans la lutte contre la pauvreté en assurant la présidence d’ATD (Aide à toute détresse) Quart Monde. Son action est à l’origine de la première loi sur la pauvreté en France, votée en 1998. Elle s’éteint le 14 février 2002.

Les maisons d’éducation de la Légion d’honneur

Le rôle prépondérant qu’ont joué ces femmes dans la société est un fait que Napoléon 1er avait anticipé. Et c’est pour favoriser cela que, le 15 décembre 1805, il créé les maisons d’éducation de la Légion d’honneur.

Soucieux d’assurer aux filles des légionnaires une « existence digne et indépendante », l’Empereur fit ouvrir des maisons d’éducation dans l’ancienne abbaye de Saint-Denis et sur le site des Loges à Saint-Germain-en-Laye.

La maison d’éducation de Saint-Denis

Aujourd’hui, ces maisons accueillent en internat les filles, petites-filles et arrière-petites-filles des décorés de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire ou de l’ordre national du Mérite.

Leur uniforme est une robe bleue marine agrémentée d’une ceinture de couleur portée en bandoulière qui indique la classe des élèves : verte en 6ème, violette en 5ème, orange en 4ème, bleue en 3ème, rouge en 2nde, blanche en 1ère et multicolore en terminale.

Les élèves des classes préparatoires et de BTS portent un tailleur bleu marine avec une ceinture jaune ou bleue lors des cérémonies.

Et, pour finir sur une touche phaléristique, notons que les meilleures élèves sont récompensées par une médaille constituée d’un ruban de la même couleur que la ceinture de l’élève et portant en son avers l’insigne de la Légion d’honneur.

Médaille d’encouragement d’une élève de seconde