Adjudant-chef Marcellin Cazals : quand la Gendarmerie rend hommage à un Juste

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En cette année 2021, la Gendarmerie rend un hommage appuyé à l’adjudant-chef Marcellin Cazals (1905-2001). Ce gradé de gendarmerie a sauvé des centaines de résistants et de juifs pendant la seconde Guerre mondiale. Pour ces faits, il s’était vu décerner le titre de Juste parmi les Nations en 1993, alors âgé de 96 ans. 

« Juste parmi les Nations, mais aussi juste parmi les gendarmes »

Extrait d’une lecture du message officiel du général d’armée Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie, par le petit-fils de Marcellin Cazals.

Une légende vivante

Nous le verrons un peu plus loin, Marcellin Cazals ne fut pas un gendarme ordinaire ; pendant l’occupation il se refusa à laisser l’ennemi commettre l’innommable et se mobilisa corps et âme dans la résistance. Reconnu par tous comme un militaire humble et exemplaire, son destin héroïque a été mis en avant par la Gendarmerie nationale à travers deux hommages.

La premier hommage s’est matérialisé en donnant son nom à la caserne de Florac en 2014, 13 ans après sa mort. Le second, en le faisant parrain de la 400ème promotion de sous-officiers de ​gendarmerie de l’école de Montluçon, dont le baptême se tint le 3 juin 2021.

Biographie

Né le 18 juin 1905 à Quins (Aveyron), Marcellin Cazals est admis en Gendarmerie le 24 septembre 1926 après un an et demi de service militaire lors duquel, sa façon de servir la nation est déjà remarquée.

En qualité d’élève-gendarme à cheval il sert au peloton mobile n°9 de Montferrand (Aude) et rejoint la brigade de Bogni en Algérie en tant que gendarme à cheval, le 17 mars 1927. Le 21 février 1928, il arrive à la brigade de Massegros (Lozère) où il devient sous-officier de carrière avant d’être affecté à la brigade de Bozouls (Aveyron). Maréchal des logis-chef le 10 juin 1938 à la brigade de Montbazens (Aveyron), il participe à la campagne de 1940 au sein de la prévôté de la 3ème division légère mécanique.

Fait prisonnier, il s’évade et rejoint son poste. Cet acte d’audace lui vaudra sa première citation à l’ordre de la brigade comportant attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.

Démobilisé, il reprend ses fonctions dans sa brigade à l’issue des combats et un an plus tard, il prend le commandement de la brigade du Malzieu (Lozère).

Pendant la seconde Guerre mondiale, Marcellin Cazals choisit le camp de la Résistance pour lequel il effectuera de nombreuses missions. En parallèle, durant l’occupation Allemande, il protège plus de 200 personnes juives, réfugiées sur sa circonscription. Le 6 juin 1944, il passe totalement dans la clandestinité après avoir remis des armes à la résistance du Malzieu.

Il rejoint alors le maquis d’Auvergne et participe à plusieurs combats, parmi lesquels ceux du Mont Mouchet (opposant des maquisards à des éléments de l’armée allemande les 10 et 11 juin 1944) et de Chaudes Aigues (bataille du réduit de la Truyère le 20 juin 1944). Pour ces faits, il sera cité à l’ordre de la division, avec attribution de la croix de guerre avec étoile d’argent.

Les services rendus à la Résistance sont en tous points remarquables. Le 5 décembre 1944. il réintègre la brigade du Malzieu-Ville puis commande la brigade de Saint-Chély d’Apcher (Lozère).

Il est promu, le 1er janvier 1945, adjudant à titre exceptionnel pour services rendus à la Résistance et adjudant-chef, le 1er mai 1950. En octobre 1953, il devient l’adjoint au commandant de la section de Florac (Lozère). Il commandera cette unité par intérim pendant deux ans et demi, puis admis à la retraite le 18 juin 1960, il se retire à Naucelle (Aveyron).

Pour son engagement auprès des familles juives, l’État d’Israël le distingue du titre de « Juste parmi les Nations » en 1993 ; son nom est alors gravé sur le mémorial de la Shoah à Paris et sur celui de Yad Vashem à Jérusalem. Il s’éteint le 28 octobre 2001 après une carrière
remarquable, placée sous le signe du courage, de l’honneur et de l’humanité.

Un parcours phaléristique à la hauteur de ses actes

Il est titulaire de seize décorations officielles (dont deux citations avec attribution de la Croix de guerre 39-45), cinq témoignages de satisfaction et onze lettres de félicitations.

Décorations

Dans l’ordre du tableau ci-avant :

  • Ordre national de la Légion d’honneur (chevalier le 31 décembre 1960)
  • Médaille militaire
  • Croix de guerre 1939-1945 (2 citations)
  • Médaille des évadés (titre de guerre)
  • Croix du combattant volontaire de la guerre de 1939-1945
  • Croix du combattant volontaire de la Résistance
  • Croix du combattant
  • Médaille de la Reconnaissance française
  • Médaille de la France libérée
  • Ordre du Mérite militaire (chevalier)
  • Ordre du Mérite combattant (chevalier)
  • Ordre du Mérite social (officier)
  • Ordre des Palmes académiques (chevalier)
  • Médaille commémorative française de la guerre 1939-1945 (agrafes Libération et France)
  • Médaille d’Honneur de l’Éducation Physique et des Sports (classe bronze)
  • Médaille commémorative de la bataille de Dunkerque (associative)
  • Médaille commémorative de Syrie-Cilicie (agrafe Levant)
  • Médaille de l’association d’anciens Spahis « Le Burnous »
Reconstitution des décorations portées dans l’ordre de préséance.

La Gendarmerie en héritage

François Cazals décoré de la médaille de la Gendarmerie en juin 2021

Pour perpétuer la mémoire et l’engagement de son grand-père Marcellin, mais également de son arrière-grand-père, gendarme à cheval et de son père, qui a fini colonel de Gendarmerie, François Cazals a lui aussi rejoint l’institution, en devenant réserviste opérationnel spécialiste ».

Il a notamment contribué à apporter son expertise dans le domaine de la transformation numérique. Il a ainsi participé à la mise en œuvre de la vision stratégique du programme Gend 20.24 voulu par le général Christian Rodriguez. En 2020, il a conçu la formation en ligne « Objectif IA » visant à présenter les technologies et les  impacts économiques et sociaux de l’intelligence artificielle et a participé, enfin, à la réforme de la gestion de crise en tant que consultant lors de la création du Centre national des Opérations (CNO).

Pour toutes ces engagements, François Cazals a eu l’honneur, en juin 2021, d’être décoré de la médaille de la gendarmerie nationale (MG) à titre exceptionnel (article 4 du décret de la MG), pour ses « activités ou travaux remarquables ayant conduits à donner une impulsion décisive au service général de l’arme ».