19 mars : journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc

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Une journée mémorielle officielle

Le 19 mars est la Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.

Ce matin de mars 1962, sous la présidence de Charles de Gaulle, prend effet un cessez-le-feu consécutif aux accords d’Evian, signés la veille. Ce dernier met fin à huit ans d’une guerre en Algérie, qui ne porte pas encore ce nom. Le pays ne deviendra toutefois réellement indépendant que trois mois plus tard, le 5 juillet suivant et les derniers soldats français ne quitteront l’Algérie qu’en 1966. Dans la réalité, ce cessez-le-feu ne met pas vraiment fin aux combats et les hostilités se poursuivent pendant plusieurs mois. 

C’est pour cette raison que l’événement a longtemps suscité des polémiques, car pour beaucoup d’anciens combattants, cette date n’est pas représentative de la fin du conflit, mais elle reste un marqueur fort dans les relations franco-algériennes.

Ce n’est d’ailleurs que très récemment – par la loi du 23 février 2005  – que cette date fut officialisée comme journée d’hommage aux « Morts pour la France » de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. La guerre d’Algérie, peu étudiée dans les manuels scolaires est un sujet encore tabou aujourd’hui et a été le dernier grand conflit pour lequel la France a fait appel à la conscription, si l’on écarte la division Daguet en 1990-1991. Pour mémoire ce furent un peu plus de 1,4 million d’hommes mobilisés (appelés comme engagés), 24 614 morts et 64 985 blessés, côté français.

La médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre

Le général Hubert Lyautey décorant les frères Glaoui (octobre 1912).

Cette journée de commémoration, c’est aussi l’occasion de mettre en lumière la médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre. Elle fut imaginée sur la même base que la médaille commémorative du Maroc (1909) récompensant les militaires, marins, indigènes, les fonctionnaires civils ainsi que les personnels des sociétés de secours aux blessés militaires ayant pris part aux opérations militaires de pacification, ou contribué à la défense des propriétés sur tout le territoire marocain de 1907 à 1912. 

Créée le 11 janvier 1958, elle est destinée aux militaires ayant participé aux opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Tunisie, au Maroc, en Algérie, au Sahara et en Mauritanie. Elle modifie la médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord qui avait été créée le 12 octobre 1956.

Le jeton représente sur l’avers la République coiffée d’une cuirasse à l’antique, signée par Georges Lemaire (graveur). Au revers figure l’inscription « médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre ». A la différence de la médaille commémorative du Maroc, cette fois-ci elle est en bronze, et non plus en argent, mais la gravure à l’avers reste identique.

Comme souvent, cette médaille commémorative fut attribuée aux militaires ayant participé pendant au moins 90 jours sous l’uniforme français aux opérations de sécurité et de maintien de l’ordre qui se sont déroulées dans au moins l’une des régions suivantes :

  • en Tunisie, du 1er janvier 1952 au 2 juillet 1962 ;
  • au Maroc, du 1er juin 1953 au 2 juillet 1962 ;
  • en Algérie, du 31 octobre 1954 au 1er juillet 1964 ;
  • au Sahara, du 28 juin 1961 au 1er juillet 1964 ;
  • en Mauritanie, du 10 janvier 1957 au 1er janvier 1960.

Cette médaille a pu également être attribuée à des personnels civils, sous certaines conditions d’emploi.

Au total, elle a été décernée à près de 2 millions de personnes.

Barrette de médailles en réduction avec, de gauche à droite : la médaille militaire, la croix de la Valeur militaire avec citation à l’ordre du régiment, la médaille des évadés, la croix du combattant, la médaille commémorative de la guerre 1939-1945, la médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique de Nord

Vers la création de la croix de la Valeur militaire

Mais la guerre d’Algérie – malheureusement comme les autres conflits du XXème siècle –  est aussi à l’origine de l’évolution de la phaléristique.

Médaille de la Valeur militaire (1956) Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs (1921)

C’est finalement par nécessité que cette évolution eut lieu, car avant que le gouvernement français ne reconnaisse les opérations en Algérie comme une guerre (loi du 10 juin 1999), les actions qui s’étaient déroulées sur place entre 1954 et 1962 étaient qualifiées « d’opérations de maintien de l’ordre ». En conséquence, il n’était donc pas possible d’attribuer une croix de guerre, notamment celle des théâtres d’opérations extérieurs, pourtant délivrée lors du conflit d’Indochine.

C’est pourquoi un projet de nouvelle décoration fut mis en route le 11 avril 1956, pour récompenser les actions d’éclat des civils et militaires. Cette médaille militaire, œuvre du graveur Georges Lemaire proposait quelques éléments – par exemple la bélière  composée de branches de lauriers – qui seront repris le 12 octobre de la même année sur la médaille commémorative, par ailleurs œuvre du même graveur.

Mais depuis 1915, les citations étaient matérialisées par des croix et non des médailles, aussi jolies soient-elles et 6 mois plus tard, le 12 octobre 1956, la croix de la Valeur militaire voit le jour officiellement pour remplacer l’éphémère médaille de la valeur militaire. Elle en reprend la couleur du ruban et copie la croix du combattant, s’agissant de l’insigne. Elle sera décernée aux soldats ayant accompli des actions d’éclat au cours d’opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord, Algérie, Tunisie, Maroc et Mauritanie.

Cette disposition était finalement prémonitoire des futurs conflits ou opérations extérieures qui allaient jalonner la fin du siècle. En effet depuis l’Algérie, on ne parle plus vraiment de guerre – au sens juridique du terme où l’engagement des troupes françaises est validé par le Parlement – mais d’OPEX. Seules deux exceptions feront date dans l’attribution de la croix de guerre des TOE, la guerre du Golfe en 1990-1991 et une partie des opérations en ex-Yougoslavie de mars à juin 1999.

Quel dommage depuis, que les opérations extérieures majeures (Afghanistan, Libye, Mali) ne soient pas couvertes par cette décoration. D’après nos sources, il se murmure dans les salons du ministère des Armées qu’elle ne pourrait même n’être plus jamais attribuée et que la croix de la Valeur militaire la remplacerait définitivement.